寸口 cùnkǒu, 氣口 qìkǒu et 脈口 màikǒu dans le 《黃帝內經》 Huángdì Nèijīng

L’étude du diagnostic pulsatile dans le 《黃帝內經》 Huángdì Nèijīng se heurte immédiatement à une difficulté terminologique : le corpus n’emploie pas un terme unique pour désigner la région du poignet où est examinée la manifestation pulsatile du 手太陰 shǒu tàiyīn. Le corpus qualifie à plusieurs reprises un même 口 kǒu de trois manières différentes : 寸口 cùnkǒu, 氣口 qìkǒu et 脈口 màikǒu. L’enjeu n’est donc pas seulement de déterminer si ces trois expressions sont synonymes, mais de comprendre ce que désigne ce 口 kǒu commun et ce que chacune de ses trois qualifications met en évidence.

Il y a dans le corpus cinquante-neuf occurrences de 寸口 cùnkǒu, quatorze de 氣口 qìkǒu et vingt et une de 脈口 màikǒu. Les trois expressions peuvent intervenir dans des contextes très proches, parfois à l’intérieur d’un même développement, tout en mettant en évidence des aspects différents de la région examinée.

Le caractère régional de 寸口 cùnkǒu apparaît sans ambiguïté dans plusieurs passages du 《靈樞》 Língshū. Le 《靈樞·本輸》 Língshū, « Běnshū », dit :

經渠,寸口中也,動而不居為經。
Jīngqú, cùnkǒu zhōng yě, dòng ér bù jū wéi jīng.

« Jīngqú se trouve au centre du cùnkǒu ; ce qui se meut sans demeurer en place constitue jīng. »

寸口 cùnkǒu ne peut donc désigner ici un emplacement ponctuel. Le 《靈樞·經脈》 Língshū, « Jīngmài », confirme la dimension topographique de 寸口 cùnkǒu :

入寸口,上魚,循魚際,出大指之端。
Rù cùnkǒu, shàng yú, xún yújì, chū dàzhǐ zhī duān.

« Il entre dans le cùnkǒu, monte vers l’éminence thénar, en suit le bord et sort à l’extrémité du pouce. »

 手太陰 shǒu tàiyīn arrive de l’avant-bras, entre dans cette région, poursuit son trajet vers 魚 yú puis vers l’extrémité du pouce. Le 《靈樞·經筋》 Língshū, « Jīngjīn », fournit un argument encore plus explicite :

結於魚後,行寸口外側。
Jié yú yú hòu, xíng cùnkǒu wàicè.

« Il se noue derrière l’éminence thénar et chemine sur le côté externe du cùnkǒu. »

Une structure peut donc cheminer « sur le côté externe du cùnkǒu ». Le terme désigne nécessairement une région. Ces occurrences suffisent à établir un premier point : dans le 《黃帝內經》 Huángdì Nèijīng, 寸口 cùnkǒu ne peut pas être identifié systématiquement à la seule position 寸 cùn du système ultérieur 寸關尺 cùn-guān-chǐ. Il s’agit d’abord d’une région du poignet appartenant au territoire du 手太陰 shǒu tàiyīn. 

Le 《靈樞·脹論》 Língshū, « Zhànglùn », distingue clairement le lieu et ce qui s’y manifeste :

脈之應于寸口,如何而脹?
Mài zhī yìng yú cùnkǒu, rúhé ér zhàng?

« Comment le pouls répond-il  au cùnkǒu lorsqu’il y a distension ? »

歧伯 Qíbó répond :

其脈大堅以濇者,脹也。
Qí mài dà jiān yǐ sè zhě, zhàng yě.

« Lorsque le pouls est grand, ferme et rugueux, il y a distension. »

Le vaisseau (脈 mài) « répond » ou se manifeste au 寸口 cùnkǒu. Le 《靈樞·動輸》 Língshū, « Dòngshū », dit :

經脈十二,而手太陰、足少陰、陽明,獨動不休,何也?
Jīngmài shí’èr, ér shǒu tàiyīn, zú shǎoyīn, yángmíng, dú dòng bù xiū, hé yě?

« Il existe douze vaisseaux-méridiens ; pourquoi le Shǒu Tàiyīn, le Zú Shǎoyīn et le Yángmíng sont-ils seuls à pulser sans cesse ? »

歧伯 Qíbó répond :

是明胃脈也。
Shì míng wèi mài yě.

« Il s’agit ici d’éclairer la fonction du vaisseau de l’Estomac. »

胃為五藏六府之海,其清氣上注于肺,肺氣從太陰而行之,其行也,以息往來。
Wèi wéi wǔzàng liùfǔ zhī hǎi, qí qīng qì shàng zhù yú fèi, fèi qì cóng tàiyīn ér xíng zhī, qí xíng yě, yǐ xī wǎnglái.

« L’Estomac est la mer des cinq zàng et des six fǔ. Son Qi clair monte se déverser dans le Poumon ; le Qi du Poumon le fait circuler en suivant le Tàiyīn. Sa circulation va et vient au rythme de la respiration. »

Le texte rattache ainsi le mouvement du 手太陰 shǒu tàiyīn au Qi provenant de l’Estomac et transmis par le Poumon. Le 《素問·平人氣象論》 Sùwèn, « Píngrén Qìxiàng Lùn », décrit directement ce qui est perçu au 寸口 cùnkǒu :

欲知寸口太過與不及,寸口之脈中手短者,曰頭痛。寸口脈中手長者,曰足脛痛。寸口脈中手促上擊者,曰肩背痛。寸口脈沈而堅者,曰病在中。寸口脈浮而盛者,曰病在外。
Yù zhī cùnkǒu tàiguò yǔ bùjí, cùnkǒu zhī mài zhòng shǒu duǎn zhě, yuē tóutòng. Cùnkǒu mài zhòng shǒu cháng zhě, yuē zújìng tòng. Cùnkǒu mài zhòng shǒu cù shàng jī zhě, yuē jiānbèi tòng. Cùnkǒu mài chén ér jiān zhě, yuē bìng zài zhōng. Cùnkǒu mài fú ér shèng zhě, yuē bìng zài wài.

« Pour connaître l’excès et l’insuffisance du cùnkǒu : lorsque son pouls est court sous la main, il y a douleur de la tête ; lorsqu’il est long sous la main, il y a douleur du pied et de la jambe ; lorsqu’il est pressé sous la main et frappe vers le haut, il y a douleur de l’épaule et du dos ; lorsqu’il est profond et ferme, la maladie est à l’intérieur ; lorsqu’il est superficiel et abondant, la maladie est à l’extérieur. » 

Ici, 脈 mài désigne clairement la manifestation palpée, tandis que 寸口 cùnkǒu désigne le territoire où cette palpation est effectuée. Le 《素問·離合真邪論》 Sùwèn, « Líhé Zhēnxié Lùn », dit :

其行於脈中循循然,其至寸口中手也,時大時小,大則邪至,小則平。
Qí xíng yú mài zhōng xúnxún rán, qí zhì cùnkǒu zhòng shǒu yě, shí dà shí xiǎo, dà zé xié zhì, xiǎo zé píng.

« [L’influence perverse] chemine progressivement à l’intérieur des vaisseaux ; lorsqu’elle parvient au cùnkǒu et se fait sentir sous la main, [le pouls] est tantôt grand, tantôt petit ; lorsqu’il devient grand, le xié arrive ; lorsqu’il devient petit, l’état est équilibré. »

Le 《靈樞·禁服》 Língshū, « Jìnfú » dit :

寸口主中,人迎主外。
Cùnkǒu zhǔ zhōng, rényíng zhǔ wài.

« Le cùnkǒu gouverne l’intérieur ; le rényíng gouverne l’extérieur. »

Les deux manifestations sont comparées selon leur grandeur. 厥陰 juéyīn, 少陰 shàoyīn et 太陰 tàiyīn sont différenciés selon les degrés (盛 shèng) du 寸口 cùnkǒu, tandis que 人迎 rényíng organise parallèlement les trois yáng. Le système n’attribue donc pas les six niveaux à six positions du poignet : il les différencie à partir de la relation entre deux territoires pulsatiles. Cette logique sera capitale lorsque nous examinerons 氣口 qìkǒu et 脈口 màikǒu, car les deux termes vont occuper exactement cette même position fonctionnelle face à 人迎 rényíng.

Le 《素問·五藏別論》 Sùwèn, « Wǔzàng Biélùn » dit :

氣口何以獨為五藏主?
Qìkǒu hé yǐ dú wéi wǔzàng zhǔ?

« Pourquoi le qìkǒu est-il seul à gouverner les cinq zàng ? »

歧伯 Qíbó répond :

胃者水穀之海,六府之大源也。五味入口,藏於胃以養五藏氣,氣口亦太陰也。是以五藏六府之氣味,皆出於胃,變見於氣口。
Wèi zhě shuǐgǔ zhī hǎi, liùfǔ zhī dà yuán yě. Wǔwèi rù kǒu, cáng yú wèi yǐ yǎng wǔzàng qì, qìkǒu yì tàiyīn yě. Shì yǐ wǔzàng liùfǔ zhī qìwèi, jiē chū yú wèi, biàn jiàn yú qìkǒu.

« L’Estomac est la mer de l’eau et des grains, la grande source des six fǔ. Les cinq saveurs entrent par la bouche et sont conservées dans l’Estomac afin de nourrir le Qi des cinq zàng. Le qìkǒu relève lui aussi du Tàiyīn. C’est pourquoi le Qi et les saveurs des cinq zàng et des six fǔ proviennent tous de l’Estomac et leurs transformations se manifestent au qìkǒu. »

Le texte établit donc explicitement deux choses : 氣口 qìkǒu relève de 太陰 tàiyīn et les transformations des zàng-fǔ s’y manifestent. L’Estomac ne constitue pas seulement une source nutritive générale ; son Qi permet aux manifestations des zàng-fǔ de parvenir au territoire du 太陰 tàiyīn.

Le 《靈樞·經脈》 Língshū, « Jīngmài », formule cette fonction avec une grande précision :

經脈者,常不可見也,其虛實也,以氣口知之。脈之見者,皆絡脈也。
Jīngmài zhě, cháng bù kě jiàn yě, qí xūshí yě, yǐ qìkǒu zhī zhī. Mài zhī jiàn zhě, jiē luòmài yě.

« Les vaisseaux-méridiens ne sont normalement pas visibles ; leur vide et leur plénitude se connaissent par le qìkǒu. Les vaisseaux qui sont visibles sont tous des vaisseaux collatéraux. »

Qìkǒu fonctionne donc ici comme un accès diagnostique à l’état des vaisseaux-méridiens

Le 《靈樞·五閱五使》 Língshū, « Wǔyuè Wǔshǐ », exprime la même idée :

脈出於氣口,色見於明堂。
Mài chū yú qìkǒu, sè jiàn yú míngtáng.

« Le pouls se manifeste au qìkǒu ; la couleur apparaît au Míngtáng. »

Le 《靈樞·四時氣》 Língshū, « Sìshí Qì », attribue au 氣口 qìkǒu la même fonction polaire que celle attribuée ailleurs au 寸口 cùnkǒu :

氣口候陰,人迎候陽也。
Qìkǒu hòu yīn, rényíng hòu yáng yě.

« qìkǒu sert à examiner le yīn ; rényíng sert à examiner le yáng. »

Il serait pourtant excessif d’en conclure que 寸口 cùnkǒu serait « le lieu » tandis que 氣口 qìkǒu serait seulement « sa fonction ».

Le 《素問·經脈別論》 Sùwèn, « Jīngmài Biélùn », dit :

氣歸於權衡,權衡以平,氣口成寸,以決死生。
Qì guī yú quánhéng, quánhéng yǐ píng, qìkǒu chéng cùn, yǐ jué sǐshēng.

« Le Qi revient à l’équilibre ; lorsque l’équilibre est établi, qìkǒu constitue le cùn, permettant de déterminer la vie et la mort. »

Ce passage montre néanmoins que le champ sémantique de 氣口 qìkǒu est étroitement lié à celui de 寸 cùn.

Le 《靈樞·小鍼解》 Língshū, « Xiǎozhēn Jiě », dit :

所謂虛則實之者,氣口虛而當補之也。滿則泄之者,氣口盛而當寫之也。
Suǒwèi xū zé shí zhī zhě, qìkǒu xū ér dāng bǔ zhī yě. Mǎn zé xiè zhī zhě, qìkǒu shèng ér dāng xiě zhī yě.

« Ce que l’on appelle “lorsqu’il est vide, le remplir” signifie que lorsque qìkǒu est vide, il convient de tonifier ; “lorsqu’il est plein, le drainer” signifie que lorsque qìkǒu est en plénitude, il convient de disperser. »

Avec 脈口 màikǒu, la relation à la palpation apparaît de manière particulièrement nette. Le 《靈樞·根結》 Língshū, « Gēnjié », dit :

持其脈口,數其至也。
Chí qí màikǒu, shǔ qí zhì yě.

« Tenir màikǒu et compter ses arrivées. »

Le texte compte ensuite les mouvements successifs et leurs interruptions. 脈口 màikǒu est donc ici le lieu où l’on examine directement la succession des pulsations.

Le 《靈樞·五色》 Língshū, « Wǔsè », emploie un verbe encore plus précis :

切其脈口……
Qiè qí màikǒu…

« Palper le màikǒu… »

Puis il décrit ce qui y est perçu comme 滑 huá, 小 xiǎo, 緊 jǐn, 沈 chén, 浮 fú, etc. 

脈口 màikǒu est donc le lieu d’accès au vaisseau mài, nommé cette fois du point de vue de ce qui y est palpé.

Le 《靈樞·終始》 Língshū, « Zhōngshǐ », utilise 脈口 màikǒu exactement dans le dispositif où d’autres passages utilisent 寸口 cùnkǒu

脈口一盛,病在足厥陰;脈口二盛,病在足少陰;脈口三盛,病在足太陰。
Màikǒu yī shèng, bìng zài zú juéyīn; màikǒu èr shèng, bìng zài zú shǎoyīn; màikǒu sān shèng, bìng zài zú tàiyīn.

« Lorsque le màikǒu présente un degré de plénitude, la maladie se trouve au Zú Juéyīn ; deux degrés, au Zú Shǎoyīn ; trois degrés, au Zú Tàiyīn. »

Or le 《素問·六節藏象論》 Sùwèn emploie 寸口 cùnkǒu avec exactement la même progression 厥陰 juéyīn → 少陰 shǎoyīn → 太陰 tàiyīn : 脈口 màikǒu et 寸口 cùnkǒu occupent donc la même position dans le même système diagnostique.

Le 《靈樞·五色》 Língshū, « Wǔsè », dit :

切其脈口,滑小緊以沉者,病益甚,在中……
Qiè qí màikǒu, huá xiǎo jǐn yǐ chén zhě, bìng yì shèn, zài zhōng…

« À la palpation du màikǒu, s’il est glissant, petit, serré et profond, la maladie s’aggrave et se trouve à l’intérieur… »

Il utilise ensuite 寸口 cùnkǒu :

脈之浮沉及人迎與寸口氣小大等者,病難已。
Mài zhī fúchén jí rényíng yǔ cùnkǒu qì xiǎodà děng zhě, bìng nán yǐ.

« Lorsque la superficialité et la profondeur du pouls, ainsi que la grandeur du Qi au rényíng et au cùnkǒu, sont égales, la maladie est difficile à faire cesser. »

Puis 氣口 qìkǒu :

人迎盛堅者,傷於寒;氣口盛堅者,傷於食。
Rényíng shèng jiān zhě, shāng yú hán; qìkǒu shèng jiān zhě, shāng yú shí.

« Lorsque le rényíng est plein et ferme, il y a atteinte par le Froid ; lorsque le qìkǒu est plein et ferme, il y a atteinte par l’alimentation. »

En quelques lignes, le même texte passe donc de 脈口 màikǒu à 寸口 cùnkǒu puis à 氣口 qìkǒu, tout en conservant 人迎 rényíng comme terme de comparaison. 

Le 《通評虛實論》 Tōngpíng Xūshí Lùn interdit néanmoins de réduire 脈口 màikǒu à « pouls »

Le 《素問·通評虛實論》 Sùwèn dit :

絡氣不足,經氣有餘者,脈口熱而尺寒也。
Luò qì bùzú, jīng qì yǒuyú zhě, màikǒu rè ér chǐ hán yě.

« Lorsque le Qi des collatéraux est insuffisant et le Qi des méridiens en excès, le màikǒu est chaud et le chǐ est froid. »

Puis :

經虛絡滿者,尺熱滿脈口寒濇也。
Jīng xū luò mǎn zhě, chǐ rè mǎn màikǒu hán sè yě.

« Lorsque les méridiens sont vides et les collatéraux pleins, le chǐ est chaud et plein, tandis que màikǒu est froid et rugueux. » 

Il faut donc conserver à 脈口 màikǒu sa valeur de territoire d’examen du vaisseau mài, sans décider automatiquement que chaque prédicat porte exclusivement sur la pulsation.

Le 《靈樞·熱病》 Língshū, “Rèbìng”, emploie lui aussi 氣口 qìkǒu et 脈口 màikǒu dans des contextes pulsologiques :

熱病三日,而氣口靜、人迎躁者……
Rèbìng sān rì, ér qìkǒu jìng, rényíng zào zhě…

« Au troisième jour d’une maladie de chaleur, si le qìkǒu est calme et le rényíng agité… »

Puis :

熱病七日八日,脈口動,喘而短者,急刺之……
Rèbìng qī rì bā rì, màikǒu dòng, chuǎn ér duǎn zhě, jí cì zhī…

« Au septième ou au huitième jour d’une maladie de chaleur, si le màikǒu est animé et que la respiration est haletante et courte, il faut puncturer rapidement… »

Cette proximité d’emploi renforce encore l’idée d’un même territoire nommé selon le phénomène que le texte veut mettre en avant. La comparaison de l’ensemble du corpus permet de formuler une hypothèse beaucoup plus précise qu’une simple synonymie.

Les trois expressions peuvent ainsi être comprises comme trois qualifications d’un même 口 kǒu. 寸 cùn en détermine la localisation ; 氣 qì en désigne la dynamique fonctionnelle ; 脈 mài en désigne le support vasculaire. Le praticien palpe donc un vaisseau sanguin, à un endroit déterminé, afin d’en percevoir la dynamique ainsi que les autres propriétés accessibles au toucher. Mais il s’agit de tendances sémantiques, non de définitions exclusives car les trois domaines se recouvrent. 

Trois faits sont particulièrement importants.

Le 《終始》 Zhōngshǐ emploie 脈口 màikǒu dans le même système diagnostique où le 《六節藏象論》 Liùjié Cángxiàng Lùn emploie 寸口 cùnkǒu.

Le 《四時氣》 Sìshí Qì fait du 氣口 qìkǒu le pôle yīn face à 人迎 rényíng, tandis que le 《禁服》 Jìnfú fait du 寸口 cùnkǒu le pôle intérieur face au même 人迎 rényíng.

Enfin, le 《五色》 Wǔsè emploie successivement 脈口 màikǒu, 寸口 cùnkǒu et 氣口 qìkǒu dans un même développement diagnostique.

L’hypothèse la plus économique est donc que les trois expressions peuvent désigner un même territoire du 手太陰 shǒu tàiyīn au poignet, mais en mettant l’accent sur des propriétés différentes de ce territoire. Il est intéressant de constater que 王冰 Wáng Bīng l’énonce explicitement dans son commentaire du 《五藏別論》 Wǔzàng Biélùn :

氣口則寸口也,亦謂脈口。
Qìkǒu zé cùnkǒu yě, yì wèi màikǒu.

« Le qìkǒu est le cùnkǒu ; on l’appelle également màikǒu. »

Il précise ensuite que l’appellation 氣口 qìkǒu vient de ce que l’on peut y examiner la croissance et le déclin du Qi, tandis que 脈口 màikǒu vient de ce que l’on peut y palper le mouvement du mài. 

Reconnaître cette convergence terminologique ne signifie pas qu’il existerait dans le 《黃帝內經》 Huángdì Nèijīng une unique méthode homogène du « pouls radial ». Plusieurs dispositifs coexistent.

Dans le 《平人氣象論》 Píngrén Qìxiàng Lùn, la manifestation pulsatile est étudiée directement au 寸口 cùnkǒu : longueur sous la main, profondeur, force, direction, rugosité.

Dans le système 人迎 rényíng–寸口 cùnkǒu / 氣口 qìkǒu / 脈口 màikǒu, la valeur diagnostique repose au contraire sur une comparaison entre deux pôles. 

Enfin, le 《五藏別論》 Wǔzàng Biélùn, le 《經脈》 Jīngmài et le 《五閱五使》 Wǔyuè Wǔshǐ donnent à cette région une fonction de manifestation globale : les transformations provenant des zàng-fǔ y apparaissent et l’état des vaisseaux-méridiens, normalement invisibles, y devient connaissable.

Ces systèmes se recoupent, mais ne doivent pas être artificiellement réduits à une procédure unique. Le 《素問·徵四失論》 Sùwèn rappelle enfin que l’examen du 寸口 cùnkǒu ne constitue jamais à lui seul l’ensemble du diagnostic. Le texte critique le médecin qui ne s’informe ni du commencement de la maladie, ni des habitudes alimentaires, ni du mode de vie, puis :

卒持寸口,何病能中?
Zú chí cùnkǒu, hé bìng néng zhòng?

« Saisir brusquement le cùnkǒu : comment pourrait-on tomber juste quant à la maladie ? »

Le texte ne condamne pas la palpation du 寸口 cùnkǒu. Il condamne son absolutisation. Cette remarque est particulièrement importante lorsqu’on projette rétrospectivement sur le 《黃帝內經》 Huángdì Nèijīng la place centrale acquise plus tard par le diagnostic radial.

Conclusion

L’étude conjointe de 寸口 cùnkǒu, 氣口 qìkǒu et 脈口 màikǒu permet de dépasser deux lectures également insuffisantes.

La première consisterait à considérer ces trois expressions comme trois sites différents. Les parallélismes du corpus, leurs substitutions dans les mêmes systèmes diagnostiques et surtout leur coexistence dans le 《五色》 Wǔsè rendent cette interprétation difficile à soutenir. La seconde consisterait à les traiter comme trois synonymes parfaitement interchangeables. 

寸口 cùnkǒu désigne prioritairement la région.
氣口 qìkǒu met prioritairement en évidence le Qi qui s’y manifeste.
脈口 màikǒu met prioritairement en évidence le vaisseau (mài) qui y est accessible à la palpation.

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